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LA SURVIE DES JUIFS EN FRANCE, 1940-1944 : DES MAINS SECOURABLES

Sans parti pris, Jacques Semelin cherche à comprendre pourquoi les Juifs ont mieux survécu dans la France occupée qu'en Belgique ou aux Pays-Bas.

Les chiffres sont éloquents : alors que dans des pays voisins, notamment aux Pays-Bas, la population juive subit de plein fouet les persécutions nazies, jusqu'à parfois disparaître, 75 % des Juifs français survécurent. Un bilan d'autant plus surprenant a priori que, dès le lendemain de la défaite, le gouvernement de Vichy édicta un statut des Juifs fondé sur des critères particulièrement peu favorables aux intéressés et que par la suite la police française prêta malheureusement main-forte à l'occupant lancé dans une entreprise d'extermination.

Frappé par le caractère singulier de la situation française, Jacques Semelin, directeur de recherches au CNRS et professeur à Sciences Po, a cherché à comprendre sans parti pris, sans se soumettre aussi à un «politiquement correct» répandu principalement par les historiens américains.

Des préjugés ancrés

Inlassablement, ce chercheur solitaire a mené son enquête, recoupé des données, recueilli une multitude de témoignages, donnant à son étude scientifique la force du vécu. Le résultat est une «somme» dont le principal mérite est d'offrir ample matière à réflexion. Son importance est soulignée par Serge Klarsfeld dans sa préface: «C'est le livre que j'aurais voulu écrire», affirme celui qui a voué son existence à la recherche de la vérité sur le génocide.

François Mitterrand observait à propos des années noires: «La réalité n'était pas blanche, ni noire, mais grise.» De fait, telles sont bien les couleurs du tableau révélé par Jacques Semelin.

Au départ, c'est-à-dire pendant l'été 1940, toutes les conditions paraissent hélas réunies pour que les Juifs paient un très lourd tribut. L'antisémitisme est fort répandu et les mesures édictées contre ceux auxquels Hitler voue une haine aveugle ne suscitent pas une indignation générale: les préjugés sont forts, anciennement ancrés.

Pour autant, de très nombreux Français sont violemment choqués quand, plus tard, ils voient les familles dispersées, les enfants séparés de leurs parents, voués à un sort que l'on peut deviner. Un peu partout, à la ville comme à la campagne, des Juifs pourchassés trouveront des mains secourables, des hommes et des femmes résolus à les aider, à les cacher.

La lourde responsabilité de Vichy

L'existence d'une zone libre, au moins jusqu'au débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, joue aussi un rôle non négligeable. Dans cette partie du territoire français non soumise pendant des mois à la loi du vainqueur, l'existence est moins difficile pour ceux qui sont désormais mis au ban de la société, exclus des emplois publics, bientôt clairement stigmatisés par le port de l'étoile jaune. De ce côté de la ligne de démarcation, le secours apporté aux Juifs est rarement sanctionné, souligne l'auteur.

De cette évocation d'un des épisodes les plus sombres de notre histoire, la responsabilité du gouvernement de Vichy apparaît plus lourde encore. Les conditions obtenues du vainqueur en juin 1940 lui donnaient, on le voit bien, une certaine marge de manœuvre. Or non seulement il n'en a pas usé, comme il aurait pu le faire, mais il a, en plusieurs circonstances, devancé les exigences de l'occupant. Seule l'horreur provoquée par les déportations finira par déclencher parmi les Français un sentiment d'indignation générateur de réflexes d'entraide grâce auxquels beaucoup de vies furent sauvées.

La survie des juifs en France. 1940-1944 de Jacques Semelin, CNRS Éditions, 376 p., 25 €.

Source : Le Figaro

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