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« La Rose aux treize pétales » du Rav Adin Éven-Israël Steinsaltz

Ce texte à la mémoire du rabbin Josy Eisenberg, de mémoire bénie, à qui je souhaite ici exprimer ma reconnaissance, à l’instar sans doute de nombreux autre Juifs. Pendant toute mon enfance et toute mon adolescence à La Flèche dans la Sarthe, son émission La Source de vie fut pour moi, comme pour beaucoup  d’autres « Juifs isolés » en France, mon seul contact avec le Judaïsme et en quelque sorte mon Talmud Torah. Plusieurs années plus tard, j’ai eu l’immense mérite de co-traduire avec lui un des plus beaux livres du Rav Adin Steinsaltz, « La Rose aux treize pétales ». Ce livre, dont il est question dans le texte ci-dessous, a été publié grâce à lui également aux Éditions Albin Michel pour la première fois en Mai 1989 et été tiré depuis à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires.

 

Michel Allouche, Jérusalem – mickaty@gmail.com

 

Été 1969 à La Flèche : Comme chaque année à la fin du mois de juillet, mon père tient à organiser lui-même nos vacances estivales et familiales. Cette fois, le choix tombe sur Montpellier, une des villes ensoleillées du midi de la France. Deux événements y auront sans doute été le point de départ d’une part de mon rêve d’Alyah et d’autre part de mon retour progressif vers un judaïsme plus authentiquement vécu.

Le premier fut ma rencontre avec un Israélien de l’Agence Juive et les longues discussions menées avec lui sur Erets-Israël et les possibilités d’Alyah. Un rêve qui désormais ne me quittera plus. Le deuxième a trait au premier vendredi de nos vacances, en fin d’après-midi. Mon père me suggéra subitement de faire un saut à la petite synagogue de la ville qui, lui semblait-il, était assez proche. Le Chamachattendait impatiemment à l’entrée : « Soyez les bienvenus – nous dit-il – il nous fallait précisément encore deux hommes pour compléter le Mynian! ». Son visage rayonnant de joie m’a profondément marqué.

Juif isolé de La Flèche, je ne fréquentais la synagogue qu’une seule fois par an le jour de Kippour. Mon autre et seul contact, en quelque sorte mon Talmud Torah, était l’émission de télévision La Source de vie du rabbin Josy Eisenberg qui me fascinait. Je n’avais encore jusqu’alors, jamais entendu le fameux Lekha dodi. Mon père m’ouvrit le siddour Téfillat Bné Tsion à la bonne page et grâce aux rudiments d’hébreu qu’il m’avait enseignés, je réussis tant bien que mal à suivre. L’enthousiasme et le bonheur que j’éprouvais à suivre de mieux en mieux et à chanter avec l’assemblée auront sans doute contribué dès mon retour à La Flèche à prendre une petite décision, celle de mieux respecter certaines lois de la cachrout, ouvrant ainsi la voie à ma propre téchouva, pas après pas.…

Toulouse, Avril 1986 : Ce soir-là, le Rav Adin Steinsaltz est l’invité de la Jeunesse Loubavitch pour  parler de « La mystique de Maïmonide ». C’est justement le rabbin Josy Eisenberg qui le traduit en simultané. Ce fut-là ma première rencontre tant avec le Rabbin Josy Eisenberg qu’avec le Rav Adin Steinsaltz. Je m’étais auparavant passionné de leurs discussions lors de l’émission télévisée, La Source de vie, autour des enseignements de la ‘hassidout. À la fin de la conférence, je posai naïvement une question au Rav Adin Steinsaltz : « Comptez-vous écrire un commentaire du Zohar à la manière de celui que vous écrivez sur le Talmud ? ». Il me répondit avec beaucoup d’humour qu’il lui faudrait encore au moins 120 ans pour publier  tel commentaire. Ne s’arrêtant pas là, il me suggéra de lire un livre qui venait de sortir en anglais, intitulé « The thirteen petalled rose », et présentant des concepts fondamentaux de Kabbale et de ‘hassidout. Un mois après, je me procurai le livre, le dévorant d’un seul trait. La première phrase, littéralement, me happa : « Le monde physique dans lequel nous vivons, l’univers que nous observons objectivement autour de nous : tout cela n’est qu’une faible partie d’un système de mondes si vaste que l’esprit humain ne saurait le concevoir ». Ma lecture achevée, je ne parvenais pas à me résigner : « Vais-je maintenant simplement ranger ce livre dans ma bibliothèque comme un livre de plus parmi tous ceux que j’ai lus ? ». Ne voulant plus me défaire de ce livre, je pris une initiative toute personnelle à ce stade et je décidai de le traduire en français. Jour après jour pendant un an, je me levai à 5 heures du matin et dégustais chaque phrase que je traduisais.

Je n’avais pas encore d’idée précise si cette traduction serait un jour publiée, mais je formulais déjà une prière : si ce livre devait être un jour édité, plût à D-ieu qu’il puisse provoquer un réveil spirituel, un appel à la téchouva ne serait-ce que chez un seul juif…

Un an après, je devais rencontrer à nouveau le Rav Steinsaltz et je lui remis le manuscrit complet de ma traduction. Il s’en réjouit et me promit de le remettre au rabbin Josy Eisenberg qui le relirait et se servirait du manuscrit en hébreu (le livre en hébreu ne sortira que plusieurs années plus tard) avant de se charger de l’édition. Et c’est ainsi qu’en mai 1989, le livre fut publié aux éditions Albin Michel sous le nom de La Rose aux treize pétales. Depuis lors, je n’ai plus cessé de traduire, avec toujours la même passion, des ouvrages du Rav Steinsaltz. Au moment où j’écris ces lignes, grâce à D-ieu, j’attends avec impatience la sortie de ma dixième traduction Laisse mon Peuple apprendre. Je m’en étais d’ailleurs entretenu avec le rabbin Josy Eisenberg quelque trois semaines avant sa disparition afin d’envisager de lui consacrer une émission de La Source de vie…

Jérusalem, Février 2007 : Un peu plus de vingt ans après avoir entamé ma traduction de La Rose aux treize pétales. Ce Chabbat, nous recevons un couple qui habite à Paris et qui se trouve de passage à Jérusalem. Le mari, Yossef D., très rapidement, s’intéresse à ma bibliothèque. Brusquement, il sort l’un des nombreux livres et s’approche de moi. Je constate qu’il tient dans ses mains La Rose aux treize pétales ! Et de s’adresser à moi : « Sais-tu que c’est après la lecture de ce livre que j’ai commencé mon processus de téchouva ? ». Mais ce récit, déjà à son comble, ne s’arrête pas là. Comme souvent, lorsque des juifs font connaissance les uns envers les autres, nous nous interrogeons : « Qui sont tes parents, et qui sont tes grands-parents ? ». C’est alors que Yossef me raconte qu’il est né à Montpellier et que son grand-père, dans les années 60-70 était le Chamach de la petite synagogue !… Il ne nous reste plus qu’à nous embrasser, étreints d’émotion.

Jérusalem, Décembre 2017 : Yossefde passage à Jérusalem, passe Chabbat à nouveau chez nous. Il me confie avoir souvent raconté « notre histoire », y compris au Rav Moulay Azimov qui pensait qu’il fallait publier ce récit. Ce qui m’a sans doute encouragé à écrire ces lignes. À la sortie du Chabbat, comme pour confirmer que le hasard n’existe pas, nous regardons de manière impromptue une vidéo du Rabbi de Loubavitch qui affirme, en substance : « D-ieu donne parfois à une personne le talent d’écrire un livre et lui permet de trouver quelqu’un qui aidera à sa publication. Quel que soit l’aspect extérieur de ce livre, son intime message doit être tel que le lecteur prenne conscience que D-ieu dirige le monde et s’intéresse à ce que chaque Juif vive en accord avec ce que le judaïsme exige de lui. »

Certes, le Rav Adin Éven-Israël Steinsaltz a souvent raconté les merveilles que son livre, traduit dans de nombreuses autres langues, a pu accomplir chez de nombreux Juifs, en évoquant des réveils qu’il a pu provoquer en eux, semblables à celui que Yossef a connu. Ce récit personnel, me semble-t-il, possède une dimension supplémentaire : n’apporte-t-il pas une preuve de plus, s’il en fallait, que seule la Providence Divine agit, parfois en secret, afin de relier les évènements entre eux, et, en même temps, les personnes, les âmes qu’elle oriente, afin de leur insuffler un sens profond à leur vie, à leur mission sur terre, et ce, quels que soient le temps et la distance qui les séparent ?

Michel Allouche, Jérusalem

mickaty@gmail.com

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