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L'astéroïde qui a changé la face du monde (et éradiqué les dinosaures)

 

Ce vendredi, c'est la journée mondiale des astéroïdes. Il y a 66 millions d'années, l'un d'eux exterminait les trois quarts des êtres vivants de la planète.

Le cratère répond au doux nom de Chicxulub, baptisé d'après une ville proche de son pourtour. Situé sous la mer, il mesure entre 180 et 200 kilomètres de diamètre, à cheval entre le golfe du Mexique et la péninsule du Yucatan. C'est un cratère unique en son genre, et qui fait l'objet de toutes les attentions de la part des scientifiques.

L'an dernier, une expédition s'est rendue à une trentaine de kilomètres des côtes pour se livrer à des forages sous-marins de son centre, et les éléments récoltés jusqu'à plusieurs centaines de mètres sous terre alimentent les recherches de plusieurs équipes encore aujourd'hui.

Aussi passionnant puisse-t-il être pour les scientifiques, le cratère de Chicxulub est aussi un gigantesque panneau d'avertissement, pour nous, l'espèce humaine. On a en effet une image assez précise de ce qui s'est passé ce jour-là, il y a environ 65 millions et demi d'années.

Les trois quarts des espèces ont disparu

Imaginez un gros bloc de roc de 14 kilomètres de diamètre. Pour les Parisiens, cela représente à peu près la distance entre Notre-Dame et l'aéroport d'Orly. Le rocher en question se déplace à 20 kilomètres à la seconde (dans les 72.000 km/h), soit dans les 20 fois plus vite qu'une balle de fusil.

Lorsque cette masse énorme heurte le sol, c'est un véritable cataclysme. Si un tel bolide heurtait le centre de Paris, le cratère résultant irait jusqu'au Havre, englobant les villes d'Auxerre, Amiens, Orléans, Reims et Rouen. Le Mans serait à peine en-dehors de ce grand trou, mais cela ne changerait pas grand-chose.

Car l'impact lui-même n'est que le début. Rapidement, les matériaux éjectés par la violence du choc se mettent à pleuvoir sur la planète, réchauffant sa surface. Des feux de forêt éclatent un peu partout, dégageant fumées et gaz carbonique. Des pluies acides endommagent aussi la végétation. Un tsunami déferle sur les côtes voisines, on en a retrouvé les traces au Texas et en Floride, à 1.000 km de là.

L'impact de Chicxulub (DR)

Les particules de poussière et les gaz vont rester en suspension dans l'atmosphère, interceptant une partie de la lumière du soleil pendant des mois, voire des années. C'est ce que l'on appelle "l'hiver nucléaire". Les plantes meurent, et les animaux qui ont survécu ont du mal à se nourrir.

Dans les océans, ce n'est pas mieux. Le gaz carbonique et les sulfates dégagés par l'impact vont se mêler à l'eau, la rendant plus acide avec les conséquences que cela représente pour la vie marine. Pire encore, des métaux, toujours un résultat du choc cataclysmique, vont se retrouver en suspension en surface, un vrai poison pour les animaux et les végétaux.

Le résultat de cette catastrophe planétaire est édifiant. Les trois quarts des espèces, animales et végétales, marines et terrestres, disparaissent. Aucun animal de plus de 25 kilos ne s'en est sorti. Les victimes les plus célèbres sont les dinosaures, bien sûr, ou tout au moins ceux qui n'ont pas ensuite donné naissance aux oiseaux.

Parmi les survivants, les petits mammifères... qui ont pu ensuite prendre possession de la planète. L'astéroïde aura fait des heureux. Mais il aura fallu des centaines de milliers d'années, peut-être des millions, pour que la planète se remette de la collision.

Animation montrant l'impact qui a créé le cratère de Chicxulub (University of Arizona, Space Imagery Center via Wikimedia Commons)

Les dinosaures auraient-ils pu survivre ?

Les dinosaures auraient pu s'en sortir. Peut-être. Pour Ben Garrod, l'un des chercheurs qui ont participé aux recherches au large du Yucatan l'an dernier, "l'ironie de l'histoire, ce n'est pas la taille de l'astéroïde ou l'échelle de l'impact ou même ses conséquences globales qui ont provoqué l'extinction des dinosaures, c'est l'endroit où l'impact s'est produit. Si l'astéroïde avait frappé un petit moment avant ou après plutôt que de frapper des eaux côtières peu profondes, il aurait alors frappé en plein océan."

La différence ? "Dans les océans Atlantique ou Pacifique, cela aurait voulu dire beaucoup moins de roc vaporisé, y compris le gypse mortel. Le nuage aurait été moins dense, et la lumière du soleil aurait continué à atteindre la surface de la planète, et ce qui s'est produit ensuite aurait pu être évité." Des conséquences moindres, mais un cataclysme tout de même !

On peut éviter ça

Une chute d'astéroïde, c'est une catastrophe naturelle, mais à l'heure actuelle, c'est la seule que notre technologie nous permette d'éviter. Nous avons les moyens théoriques de détecter les objets potentiellement dangereux, même si ce n'est pas forcément facile. La Nasa et d'autres observatoires recensent les plus gros astéroïdes susceptibles de croiser la trajectoire de la Terre, les géocroiseurs.

Aujourd'hui, l'agence spatiale américaine pense avoir cartographié les trajectoires d'au moins 95% des astéroïdes de plus d'un kilomètre de long qui pourraient passer un peu trop près de la Terre, et aucun d'entre eux ne représenterait un danger, du moins pour les 100 ans à venir.

Mais ce n'est pas si simple, et il faut sans cesse surveiller leurs orbites, car celles-ci peuvent varier.

Ainsi, l'astéroïde Apophis, un "petit" par rapport à Chicxulub, avec ses 370 mètres de diamètre, doit passer non loin de la Terre en deux occasions proches, en avril 2029 et en avril 2036. Sans danger, a priori ? Ce n'est pas encore certain. "Nous pouvons exclure une collision pour le prochain passage près de la Terre," explique Alberto Cellino, de l'observatoire de Turin, "mais alors l'orbite changera de manière que nous ne pouvons entièrement prévoir, et nous ne pouvons prédire son comportement sur des durées plus longues." Passer près de la Terre, comme près de tout objet très massif, a en effet une influence sur la trajectoire d'un astéroïde et va modifier son orbite.

L'Asteroid Day

Les chercheurs à l'origine de la journée mondiale des astéroïdes, aujourd'hui officiellement reconnue par les Nations unies, veulent inciter les gouvernements à prendre davantage en compte le risque qu'ils représentent, afin que nous puissions nous en protéger efficacement le cas échéant. C'est pourquoi l'Asteroid Day organise dans le monde entier des événements pour sensibiliser le grand public. En France, il y aura notamment une conférence à l'université Paris-Diderot.

Jean-Paul Fritz

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