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Marc Knobel dénonce la tenue de la Conférence des rabbins européens en Azerbaïdjan

 

L’évènement doit avoir lieu à Bakou, du 12 au 15 novembre, à l'invitation du président Ilham Aliyev

L’historien et essayiste français Marc Knobel s’est indigné dans une tribune publiée ce mardi dans Le Point de la tenue prochaine de la Conférence des rabbins européens en Azerbaïdjan, pays en conflit avec l’Arménie.

L’évènement doit avoir lieu à Bakou, du 12 au 15 novembre, à l’invitation de Ilham Aliyev, le président de l’Azerbaïdjan. 500 rabbins européens devraient y assister.

La conférence comprendra une visite de l’ancienne ville juive historique de Quba en Azerbaïdjan, qui a abrité des Juifs pendant des siècles.

Pinchas Goldschmidt dirige cette principale alliance rabbinique orthodoxe européenne, qui compte plus de 700 chefs religieux issus des principales communautés synagogales d’Europe. Il avait rencontré Ilham Aliyev en février dernier pour discuter de la tenue de l’évènement.

Ancien grand rabbin de Moscou, l’homme a dû abandonner cette fonction après l’invasion de l’Ukraine.

Interrogé par l’agence de presse Jewish News Syndicate, il explique que « l’Azerbaïdjan est un pays avec une mémoire spéciale pour le peuple juif et abrite l’une des communautés juives les plus uniques au monde », ajoutant que « le développement des relations entre Israël et l’Azerbaïdjan est d’une grande importance dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui ».

Pinchas Goldschmidt s’aligne ainsi sur les choix stratégiques et politiques d’Israël, allié de l’Azerbaïdjan. Les deux pays sont en effet unis contre l’Iran, et Jérusalem a vendu de nombreuses armes de haute technologie à Bakou, utilisées notamment dans sa guerre contre l’Arménie.

C’est dans ce cadre que Marc Knobel, chercheur au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et ancien professeur d’histoire-géographie, a écrit sa lettre.

« Messieurs les rabbins, chers amis, vous rappelez-vous des affres de l’Histoire ? Entendez-vous encore le cri de ce petit peuple, le peuple arménien, qui a été décimé par un horrible génocide impuni en 1915 ? Et qui, tout au long de son histoire, a dû défendre sa religion (chrétienne), sa culture et sa langue devant l’adversité, la méchanceté et la haine ? », écrit-il.

« Messieurs les rabbins, chers amis, savez-vous que l’Arménie subit constamment les foudres de ses voisines folles et méchantes (la Turquie et l’Azerbaïdjan), deux États turcophones qui rêvent de réaliser une jonction terrestre à ses dépens ? Comprenez-vous que l’Arménie est en danger de mort ? »

« Messieurs les rabbins, chers amis, savez-vous que des flots de réfugiés arméniens ont dû laisser le Haut-Karabakh, leur terre bénie et infiniment et intimement arménienne, entre les mains des voyous de Bakou, depuis qu’une coalition turco-azerbaïdjanaise a décidé d’envahir le Haut-Karabakh, en 2020 ? »

« Messieurs les rabbins et chers amis, savez-vous que l’Azerbaïdjan procède à un nettoyage ethnique au Haut-Karabakh ? Savez-vous que plus rien ne passe au Haut-Karabakh ? Les stocks de produits de première nécessité, d’hygiène, de confort élémentaire sont épuisés depuis longtemps. Idem pour les médicaments. La population, éprise de modernité, est ramenée au Moyen Âge, tandis qu’aujourd’hui la famine guette, du fait de l’absence totale d’importation, mais aussi de possibilité de transports internes due à la pénurie totale de carburant… »

Il demande ainsi aux rabbins qui prévoient de participer à la conférence en novembre de « réfléchir ». « Messieurs les rabbins, j’ai honte et je suis juif. Réfléchissez, il est encore temps », conclut-il sa lettre. Il cite notamment l’exemple de Haïm Korsia, grand rabbin de France, qui « n’ira pas flatter le dictateur de Bakou et ne se laissera pas soudoyer par un tel régime ».
Le ministre de la Défense Yoav Gallant, à gauche, s’entretenant avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev à Bakou, en Azerbaïdjan, le 13 juillet 2023. (Crédit : Ariel Hermoni/IMoD)

Le ministre de la Défense israélien Yoav Gallant a rencontré le président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliyev à Bakou mi-juillet, dans le cadre d’une visite de deux jours qui témoigne de l’essor rapide des relations entre les deux pays.

Israël développe publiquement ses relations bilatérales avec l’Azerbaïdjan, un pays à majorité chiite étroitement allié à la Turquie qui a vu son partenariat avec l’État juif s’épanouir.

En mars, le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Jeyhun Bayramov a ouvert la toute première ambassade de Bakou en Israël.

Le président Isaac Herzog s’est rendu en Azerbaïdjan en mai, lorsqu’il a discuté de la menace iranienne et des relations bilatérales.

Israël est l’un des principaux fournisseurs d’armes de l’Azerbaïdjan. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, Israël a fourni 69 % des principales importations d’armes de Bakou pour la période 2016-2020, ce qui représente 17 % des exportations d’armes de Jérusalem pour cette période.

Israël a intensifié ses livraisons d’armes à l’Azerbaïdjan pendant le conflit du Haut-Karabakh en 2020. L’Azerbaïdjan est sorti vainqueur de cette guerre de six semaines avec l’Arménie, qui a coûté la vie à plus de 6 000 soldats et a permis à Bakou de reprendre le contrôle des territoires contestés.

Ce n’est un secret pour personne que la localisation de l’Azerbaïdjan à la frontière nord de l’Iran et le fait qu’Israël achète plus de 30 % de son pétrole à Bakou constituent les deux piliers des relations entre les deux pays.

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