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Comment le parcours du Maroc au Mondial a entretenu l’amitié avec les Palestiniens

Les signes de la solidarité palestinienne sont partout au Qatar, y compris sur le terrain, alors que les Lions de l'Atlas ont fait rêver le monde arabe

Par Jack Mukand    The Times of Israel

À Jérusalem-Est, en zone palestinienne, les bars bien approvisionnés sont rares. Ainsi, mercredi soir, l’un des rares établissements de cette partie de la ville s’est retrouvé bondé d’habitants et d’expatriés, réunis pour regarder l’équipe nationale marocaine de football affronter la France pour tenter de décrocher sa place en finale de Coupe du monde.

Sur le terrain, il n’a fallu que cinq minutes aux Bleus pour prendre les devants, marquant le premier but encaissé par le Maroc lors de la compétition (hormis un but contre son camp face au Canada). Mais dans le bar, perché au sommet d’un escalier orné de photos de la mosquée al-Aqsa, les fans qui ont vu les Lions de l’Atlas marocains défier les pronostics match après match, gagnant le soutien de toute la région dans leur épopée, ont continué à garder espoir.

Alors qu’elle a attendu – en vain – que le Maroc réussisse à égaliser, la foule s’est excitée à chaque fois que l’équipe réussissait une percée dans le côté opposé du terrain. Chaque fois que les Marocains se rapprochaient de la surface française, les chants arabes retentissaient : « Yallah ! al-Maghrib ! al-Quds ‘Arabiyyeh » (« Allez ! Maroc ! Jérusalem est arabe »).

La dimension politique du message n’était pas inappropriée alors que, sur l’ensemble du tournoi, le Maroc a exploité sa démonstration de force pour mettre les Palestiniens au premier plan, principalement en brandissant le drapeau palestinien.

« Cela nous a rendus très heureux. Les Israéliens, eux, n’ont pas vraiment apprécié », a fait remarquer un chauffeur de taxi de Jérusalem-Est alors qu’il me conduisait vers la porte de Damas, entrée de la Vieille Ville souvent scène d’émeutes ou d’affrontements entre Israéliens et Palestiniens. « Ce ne sont pas les victoires qui les contrarient. Ce qui les rend si contrariés, et nous rend si heureux, ce sont les drapeaux. »

Tout au long de la compétition au Qatar, le drapeau palestinien s’est retrouvé au premier plan. Les autorités qataries, qui avaient décidé que les seuls drapeaux autorisés dans les stades seraient ceux des pays présents sur le terrain, ont suspendu leur règle, uniquement pour le drapeau palestinien.

Pour certains Israéliens présents au Qatar et pour d’autres qui ont regardé la compétition de chez eux, ces démonstrations de solidarité ont été plutôt surprenantes. L’habitude de l’équipe marocaine de brandir des drapeaux palestiniens victoire improbable après victoire improbable a été perçu avec un étonnement certain, alors que le Maroc a rétabli ses relations diplomatiques avec Israël.

En Israël, le drapeau palestinien n’est généralement pas le bienvenu. Si les tribunaux israéliens ont confirmé la légalité de le brandir, dans les faits, la police israélienne les confisque régulièrement.

Des images datées de samedi après la victoire surprise du Maroc contre le Portugal en quart de finale ont montré des policiers israéliens, certains à cheval, s’opposant à des Palestiniens venus célébrer avec des drapeaux autour de la porte de Damas.

David et Moti, deux étudiants de yeshiva qui se dirigeaient vers le mur Occidental après le match, ont condamné la présence des drapeaux palestiniens, qu’ils voient comme un symbole de haine antisémite.

Mais ils étaient heureux de se joindre à leurs voisins palestiniens pour célébrer le parcours historique du Maroc, que David a attribué à la Providence divine.

« Lors de la dernière Coupe du monde, quand le Maroc n’avait pas encore signé d’accord avec Israël, leur équipe n’a pas été bonne », a-t-il déclaré. « Maintenant qu’un accord a été signé, ils ont progressé. Quand les gens font la paix avec les Juifs, ils ne peuvent qu’aller de l’avant. »

Avant le match de mercredi, les habitants de Jérusalem-Est, marchant dans les rues faiblement éclairées et se rassemblant autour des écrans de télévision, brandissaient avec ferveur les drapeaux marocains.

Le Maroc s’est rarement retrouvé au centre de l’attention du monde arabe comme ces dernières semaines, et le pays peut parfois se sentir isolé du reste du monde arabophone.

Cela notamment car l’arabe marocain – nommé « darija » par ses locuteurs – déconcerte la plupart des Arabes. Son usage quotidien est parsemé d’emprunts français et espagnols, et sa structure plus profonde a été façonnée par l’amazigh, langue parlée quasi universellement dans la région avant la conquête arabe à partir du 7e siècle, et encore utilisée par environ 40 % des Marocains.

Mais mercredi, le monde arabe ne parlait que des exploits des Marocains. Même après la victoire 2-0 des Français, les fans des Bleus dans le bar de Jérusalem-Est se sont limités à une modeste salve d’applaudissements, en déférence à l’atmosphère pro-marocaine de la soirée et en contraste frappant avec celle du week-end dernier, au même endroit, quand ces mêmes fans ont fêté avec ferveur la victoire de la France contre l’Angleterre en quart de finale.

Thérèse, une étudiante en échange originaire de Paris, a affirmé dans le bar qu’elle soutenait le Maroc, suscitant la joie d’un homme portant un keffieh assis à côté d’elle, mais s’est ensuite tournée vers moi et a admis à voix basse que, si elle soutenait le Maroc, elle espérait que la France allait l’emporter.

Après le coup de sifflet final, elle a déclaré « qu’elle avait caché ses émotions » par sensibilité face à la ferveur des spectateurs arabes, et qu’elle « aurait été heureuse » si l’une ou l’autre des équipes avait gagné.

Elle était loin d’être la seule confrontée à des émotions mitigées sur le match, chargé d’un certain poids historique en raison de la colonisation brutale de l’Afrique du Nord par la France.

De l’autre côté de la ville, dans le quartier de Talpiyot à Jérusalem-Ouest, des Juifs français dont les parents avaient émigré dans l’Hexagone depuis le Maroc, ont également exprimé des sentiments mitigés, ne sachant trop qui supporter.

Et puis j’ai croisé « Shambala », un adolescent palestinien traînant près de la porte de Damas, qui n’a donné que son surnom. Lui aussi faisait face à des sentiments mitigés sur le match. Alors qu’il a vivement critiqué la décision de Rabat de normaliser ses relations avec Israël, il s’est dit fier de ce que l’équipe a accompli et a exprimé son « amour pour le peuple marocain ».

Il était cependant déçu. Non pas nécessairement car les Marocains ont échoué à se qualifier pour la finale, a-t-il dit, mais car il avait parié 100 shekels sur la victoire des Lions marocains.

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