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POLOGNE - JOUER SUR LES MOTS POUR RÉÉCRIRE L'HISTOIRE

POLOGNE - JOUER SUR LES MOTS POUR RÉÉCRIRE L'HISTOIRE

 

Vendredi 26 janvier, les députés polonais ont adopté une loi qui sanctionne l'emploi du terme "camps de la mort polonais". Des poursuites pourront être engagées envers quiconque "attribue à la nation ou à l'État polonais la responsabilité ou la co-responsabilité des crimes commis par le 3ème Reich allemand [...]". Israël a immédiatement réagi à l'annonce de ce vote.

Vendredi 26 janvier, à la veille de la Journée internationale du souvenir des victimes de la Shoah, les députés polonais ont adopté une loi qui sanctionne l'emploi du terme "camps de la mort polonais". Elle prévoit une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison pour les Polonais et les étrangers qui utiliseraient ce terme pour qualifier les camps d'extermination. Ces camps - ce sont bien ceux auxquels vous pensez - ont été installés en Pologne par les nazis lors de leur occupation du pays durant la Seconde Guerre mondiale. 

Jusque là, on aurait pu penser que les députés polonais se plaisaient à jouer sur les mots. Mais le texte de loi va plus loin et comprend un article qui prévoit des poursuites contre toute personne qui "attribue à la nation ou à l'État polonais la responsabilité ou la co-responsabilité des crimes commis par le 3ème Reich allemand - ou tout autre crime contre l'humanité (…) ou crime de guerre".

Adoptée vendredi par les députés polonais, la loi doit désormais être votée au Sénat puis promulguée par le président Andrzej Duda pour entrer en vigueur.

Dès samedi, Israël a accusé la Pologne de vouloir "changer l'histoire". Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a donné instruction à l'ambassadrice d'Israël à Varsovie de rencontrer le Premier ministre polonais dès samedi soir "pour lui exprimer (s)a ferme opposition à cette loi", selon un communiqué de ses services.

Aux yeux de l'État hébreu, le texte de loi est une révision malhonnête de l'histoire car il nie la participation de la Pologne au processus d'extermination alors mis en place par l'Allemagne. "Cette loi est sans fondement. On ne peut pas changer l'Histoire, comme on ne peut pas nier l'Holocauste", a proclamé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

Dimanche soir le Premier Ministre israélien s'est entretenu avec son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, et le dialogue semble avoir apaisé les tensions. Les deux hommes se sont mis d'accord pour ouvrir dès à présent des discussions entre des équipes des deux pays afin d'essayer de trouver un accord sur cette législation.

Yad Vashem, mémorial de la Shoah à Jérusalem, a également critiqué le texte de loi polonais mais de manière nuancée. "Cette loi est susceptible de brouiller la vérité historique concernant l'assistance que les Allemands ont reçue de la part de la population polonaise durant l'Holocauste", a souligné Yad Vashem dans un communiqué, avant d'ajouter "qu'il ne fait aucun doute que le terme 'camps de la mort polonais' constitue une interprétation erronée de l'histoire".

Varsovie maintient qu'il est faux de considérer que la Pologne ait pu participer ou cautionner ce qui se passait dans l'enceinte des camps nazis. Pour preuve, tout le monde sait que les noms des camps étaient allemands, tout comme l'était l'inscription qui surmonte encore aujourd'hui l'entrée du camp d'Auschwitz-Birkenau. 

Cependant, les agriculteurs polonais qui travaillaient chaque jour à proximité des camps en apercevant des enfants squelettiques, errant en pyjamas rayés au milieu des cadavres, devaient bien tout de même avoir une idée - même vague - que quelque chose d'inhumain se déroulait derrière les deux allées de barbelés plantés au milieu de leurs champs.

Parfois, portés par une généroisté extrême, ils faisaient dons de morceaux de pain aux déportés affamés, lors des transports d'un camp à l'autre, dans lequels des centaines d'hommes s'entretuaient pour porter à leur bouche le graal alimentaire de leur vie concentrationaire. Le gouvernement polonais devrait peut-être relire l'oeuvre d'Elie Wiesel, qui ne manque pas d'expliquer le plaisir que prenait ces mêmes polonais à regarder, éblouis et fascinés, les déportés se ruaient comme des bêtes sur ces portions de nourriture.

Nul ne sait ce qu'il aurait fait à la place de quelqu'un d'autre, dans un temps et dans un lieu différent. Mais chacun sait reconnaître à la fois ses erreurs et ses reponsabilité. Cela permet à l'Homme de grandir et de s'améliorer. Cela permet aux Hommes de ne pas répéter les erreurs du passé.

Le gouvernement polonais devrait sans doute aussi revoir le documentaire Shoah. Il serait bien surpris des témoignages des conducteurs de trains polonais qui accompagnaient quotidiennement des centaines de Juifs vers la mort, s'ennivrant de vodka locale pour reprendre courage.

Du courage justement, il va en falloir au gouvernement polonais. Car, pour réécrire l'Histoire de la Shoah, il va falloir se battre contre plus de 6 millions de morts. Il va falloir se battre contre l'humanité entière.

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